40 m2 taillés pour s’adapter à divers occupants



Tous deux architectes, Bérénice Blochet et Mathieu Boxho cherchent à investir dans la pierre et se confronter à la mise en pratique de leur savoir-faire pour répondre à leur besoin d’« un habitat minimaliste, pratique, sculptural et modulaire ». Quand ils découvrent ce 40 m² idéalement placé dans l’îlot de verdure du bois de la Cambre, près de l’université de Bruxelles et des transports, ils ont le coup de cœur et s’embarquent dans l’aventure de la rénovation en duo, avec son lot de compromis, aidés par un artisan pour le gros œuvre et le plafonnage. Retour sur six mois de réflexion et travaux couronnés par une belle réussite.

Bérénice Mathieu
Coup d’œil
Qui habite ici : l’appartement a été mis en location
Emplacement : à Bruxelles
Date des travaux : livraison juin 2022 après 6 mois de travaux
Superficie : 40 m²
Architectes : Bérénice Blochet et Mathieu Boxho
Budget : 23 000 euros TTC

Photos : Maxime du Bus

Avant. Ce studio de 40 m² se situe au 5 et dernier étage côté jardin d’une vaste résidence de 1958, construite à l’occasion de l’exposition universelle de Bruxelles. La belle pièce de vie rectangulaire est ourlée d’une bande technique où sont rassemblées les toilettes, la cuisine et la salle de bains. Orientées ouest, deux belles baies vitrées récentes ouvrent la petite surface sur une vue arborée, avec un petit balcon à la clef. « Nous avons adoré sa clarté, son plancher mosaïque, ses portes d’origine en verre armé et le style de l’immeuble semblable aux unités d’habitation de Le Corbusier ! », s’enthousiasme Mathieu.

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Après. Bérénice et Mathieu travaillent chacun dans de grandes agences d’architecture où ils ont l’habitude de se confronter à la réalisation de vastes ensembles pour des promoteurs. Avec cette acquisition, ils prennent plaisir à travailler sur une autre échelle et à mettre à l’épreuve d’un petit espace leur amour pour le minimalisme et le design fonctionnel. « Les possibilités étaient sans fin, cadrées uniquement par notre budget fixé à 20 000 euros et notre désir d’un rendu sculptural où chacun pourrait s’approprier l’espace à sa manière, » résume Bérénice.

Avant. Au moment de l’achat, l’appartement était jauni et défraîchi, après avoir été loué de nombreuses années puis habité par un couple.

Bérénice Mathieu

Après. La répartition des espaces de nuit et de vie ou la salle de bains sans vasque ne plaisaient pas aux acquéreurs mais, sensibles aux lieux, ils en flairaient le potentiel. « Après bien des dessins, nous avons trouvé la clé du projet en libérant la cuisine pour y créer », expose Bérénice.

Avant. La cuisine d’origine – pièce fermée de 170 cm × 210 cm – se trouvait entre les toilettes et la salle de bains.

Bérénice Mathieu
Après. Pour évacuer la zone couchage de la pièce de vie, le couple profite de cette alcôve offerte par le léger décloisonnement de la cuisine pour y déporter le lit. La plus-value de cet aménagement réside dans le positionnement du lit sur estrade, ce qui rend l’alcôve nuit très cosy et dégage en prime beaucoup d’espace de rangement.

« Nous avons souhaité aménager les volumes avec des modules sur mesure afin que l’ensemble devienne sculptural. L’estrade souligne la longueur de la pièce de vie. Depuis l’entrée, elle conduit jusqu’aux espaces plus intimes de la chambre et de la salle de bains, » décrypte Bérénice.

Bérénice Mathieu

Perchée à 70 centimètres de haut, l’estrade peut servir d’assise supplémentaire pour agrandir le séjour et laisse 2 mètres de hauteur sous le plafond. De quoi pouvoir tenir debout sur le lit pour plus de confort. « À la fin des travaux, nous avons invité des copains et ils ont naturellement utilisé l’espace comme nous l’avions pensé, en s’asseyant sur le bord de l’estrade. Le séjour s’agrandit et le meuble devient un lieu de partage et de convivialité », affirme Mathieu.

Bérénice Mathieu
L’estrade avance de 70 centimètres devant le lit et se termine par un escalier de 40 centimètres de large pour en faciliter l’accès. Des placards avec étagères ont été aménagés pour ranger les vêtements pliés ou étendre le rangement de la cuisine sur l’avant du meuble menuisé (profondeur 70 centimètres).

Sous le sommier arrimé à une structure bois, reste un grand volume vide, « éventuellement transformable en grenier de rangement ou pour stocker les valises » expliquent les architectes.

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Bérénice Mathieu

Le couple a dessiné et réalisé lui-même les éléments de rangement menuisés du studio, « en MDF peint avec un intérieur stratifié, plus pratique pour l’entretien ». Les prises de main ont été étudiées pour laisser les structures les plus épurées et minimalistes possible.

Avant. Vue sur la pièce de vie. La porte du fond est celle de la salle de bains.

Bérénice Mathieu
Bérénice Mathieu

La cuisine a été pensée comme une console monobloc, très stylisée, qui se prolonge d’un trait jusque dans la salle de bains. Ce qui a imposé le deuil – acceptable dans un studio – d’un combiné réfrigérateur/congélateur au profit d’un frigo top qui tient sous le plan de travail afin de préserver la pureté des lignes.

Bérénice Mathieu
« Nous voulions absolument trouver un matériau unique pour le plan de travail et les façades afin que ce meuble culinaire soit un objet design qui s’intègre dans le séjour. Nous avons monté une base de caissons Metod de chez Ikea et fait réaliser l’enveloppe en stratifié par un menuisier », explique Mathieu.

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Bérénice Mathieu

Pour l’instant, pas de crédence ni de hotte pour ne pas entacher le minimalisme souhaité, mais les architectes se sont laissé la possibilité de corriger le tir à l’usage en prévoyant les branchements pour une hotte à recyclage.

Bérénice Mathieu
Placée au centre de la pièce de vie sur le plancher d’origine bien rénové par le couple grâce à un ponçage et une vitrification mate, la table à manger est d’une grande taille eu égard à la superficie de l’ensemble.

« Nous ne l’avons pas pensée comme une table mais comme un îlot multifonction déplaçable. Elle peut servir de plan de préparation pour la cuisine ou encore de table de réunion pour travailler à plusieurs. Chaque occupant sera libre de l’utiliser selon ses besoins », expliquent les architectes qui ont dessiné puis réalisé eux-mêmes la menuiserie en contreplaqué de bouleau juste vernis.

Avant. La toute petite salle de bains se trouvait sur la droite, en continuité des toilettes et de la cuisine.

Bérénice Mathieu

Après. « Nous aurions apprécié qu’elle soit un peu plus grande mais nous avons respecté son emplacement pour une question de gestion de budget », partagent les architectes.

Bérénice Mathieu
La salle de bains d’origine ne comprenait pas de lavabo. Bérénice et Mathieu ont donc pensé un meuble de cuisine qui devient un plan vasque côté salle de bains, pour créer un cheminement et une linéarité entre chaque pièce.

« Comme nous avons opté pour un meuble de cuisine de 95 centimètres de haut, cela nous a occasionné des soucis pour la vasque car 80 % des modèles du marché sont posables. Nous avons fini par trouver en seconde main une vasque en acier émaillée encastrable de chez Alape que nous avons préférée à la faïence pour la finesse de ses bords », exposent-ils.

Avant. Voici la salle de bains d’origine avec sa petite baignoire.

Bérénice Mathieu
Les architectes étaient d’accord pour conserver la baignoire mais ont fait un compromis dans l’habillage des lieux car Bérénice tenait à un motif damier généralisé tandis que Mathieu était davantage partisan d’un décor marbré. Le résultat est audacieux, entre motif géométrique et pierre aux veines affirmées, et fait un clin d’œil à l’iconique damier en noir et blanc de l’architecte Andrée Putman.

Le calepinage des carreaux muraux de 75 × 75 centimètres reste un moment épique du chantier, qui fait rire après coup les architectes. « Un soir, après le travail, nous sommes passés voir les carreaux commandés car nous voulions trouver le meilleur arrangement. Pendant quatre heures, nous avons assemblé sur le sol les dalles de 10 kilos chacune tel un puzzle grandeur nature, pour trouver le suivi du veinage idéal », se remémorent-ils. Une galère qui incombe souvent aux entreprises tout corps d’état ou aux artisans carreleurs auxquels nous rendons hommage.

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Avant. La pièce de vie et son petit balcon.

Bérénice Mathieu
Après. Plutôt que de scinder l’espace central en mettant dos à dos le canapé et le coin repas comme on aurait pu l’imaginer, les architectes ont préféré placer le canapé face à la baie vitrée d’où la vue sur la nature est, paraît-il, superbe. « C’était vraiment la configuration la plus fluide », estime Bérénice.

Pour profiter d’un mobilier design à petit prix, les pros se sont largement tournés vers de la seconde main, dénichant le canapé en salle des ventes, récupérant la veilleuse sur un chantier, achetant table et pouf via un site d’occasion. Le projet a aussi été réfléchi pour conserver les éléments appartenant au patrimoine de l’immeuble moderniste, comme les portes qui ont été rénovées, le convecteur de l’entrée qui a été réparé et les dalles en terre cuite des sanitaires.

Bérénice Mathieu
Fidèles à leur plan modulable, ils ont aménagé l’autre côté de la pièce avec un dressing de 65 centimètres de profondeur qu’ils ont réalisé sur mesure. « Nous avons déposé la cheminée existante afin de gagner de la place à cet effet. Nous avons tout de même récupéré la moitié de la superficie du dressing ! », expliquent-ils.

Quand au bureau de 210 centimètres de long, inscrit dans le plan dressing, il a été pensé dans un esprit polyvalent, « meuble télé ou bureau pour un étudiant, en fonction des besoins de chacun ! »

Bérénice Mathieu
Les architectes se sont approprié le studio comme un laboratoire dans lequel ils ont pu expérimenter et oser toutes leurs idées. Le pari était de créer un espace connecté, spacieux et modulable, qui puisse s’adapter au mode de vie de chacun.

Le plus difficile aura sans doute été de rester dans le budget face aux possibilités infinies et compte tenu de l’envie des architectes de soigner leur première possession immobilière. Aussi ont-ils dépassé leur enveloppe prévisionnelle de 3 000 euros, estimant qu’il « était primordial de construire avec des éléments de qualité, afin de garantir un studio durable et harmonieux ». Autre dépense ajoutée en cours de chantier : celle d’un radiateur raccordé par un plombier au chauffage central moyennant une saignée dans le mur de la pièce de vie pour intégrer parfaitement les tuyaux. S’ils ont pu se le permettre, ils gardent néanmoins en tête que « le client reste toujours l’ultime décisionnaire » et se félicitent en fin de chantier d’avoir réussi à faire « un intérieur qui (leur) ressemble ! »


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