Un filet propulse un pavillon 80s dans la modernité



À Courdimanche, dans le Val-d’Oise, ces quadras avec deux enfants en bas âge ont acquis un grand pavillon années 80, entouré d’un jardin. Le quartier, le budget et le potentiel des volumes les ont attirés mais ils savent depuis l’achat qu’ils feront tout refaire car la maison n’est pas à leur goût. Aficionados d’architecture contemporaine et de minimalisme, ils rêvent en effet d’un intérieur des plus épurés, architecturé autour d’un grand filet. Pour donner vie à ce projet un peu fou, un ami leur recommande deux professionnels qui ont l’habitude de collaborer : Mickaël Martins Afonso, un jeune architecte d’intérieur et l’architecte Elodie Gaschard, tous deux Bordelais. Après un an d’étude et cinq mois de chantier, la maison est transfigurée, de même que la vie de ses occupants !

Coup d’œil
Qui vit ici : une famille avec deux enfants en bas âge
Emplacement : Dans une maison d’une zone pavillonnaire à Courdimanche
Superficie : Maison de 200 m² / Seules les pièces de vie (100 m²) ont été traitées.
Date et durée des travaux : livraison janvier 2019 après 5 mois de chantier
Architecte d’intérieur : Mickaël Martins Afonso
Architecte : Elodie Gaschard de l’Atelier Miel
Budget : 100 000 euros environ

Crédit photos : Mickaël Martins Afonso

Avant. Classique, ce pavillon années 80 comprenait quatre chambres, une mezzanine, un grand séjour avec une cheminée traditionnelle, une cuisine et un garage. Son style ne correspondait en rien à l’image que les propriétaires se faisaient de leur maison et pour l’heure, ils n’étaient pas fiers d’y accueillir leurs amis. Idéalement, ils souhaitent tout rénover mais, pour demeurer dans la maison pendant les travaux, et mieux maîtriser leur budget, ils choisissent de procéder par étapes.

Martins Afonso atelier de design
Après. Avec deux enfants en bas âge, ils se lancent tout de même dans un projet d’ampleur, celui de refaire toutes leurs pièces de vie dans un style architectural et minimaliste. Les travaux sont engagés dans la partie centrale de la maison, impactant l’entrée, le séjour, la mezzanine et le vide sur séjour.

« Pour que les clients puissent continuer de vivre dans leur maison, ni les chambres ni les pièces d’eau n’ont été touchées durant cette première phase. Ce chantier occupé fut néanmoins très difficile car ils étaient contraints de passer par l’extérieur de la maison pour accéder à la partie de la maison restant habitable… Nous avons dû par ailleurs poser partout des sas pour limiter la poussière », relate Mickaël Martins Afonson.

Avant. L’architecte d’intérieur décide de piloter ce chantier depuis Bordeaux en se rendant sur place une fois par semaine pour coordonner un ensemble de corps d’état séparés. « J’ai accepté ce chantier car j’ai senti que les volumes étaient déjà là et que j’allais pouvoir être percutant sans gâcher de la ressource, en intervenant juste sur l’essentiel », nous explique-t-il.

En effet, après la visite de la bâtisse, il décide de supprimer les portes cloisonnant la pièce de vie et de se servir de la cage d’escalier desservant l’étage et la cave comme d’une colonne vertébrale.

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Après. Les toilettes, adjacentes à la cage d’escalier dans le plan de départ, vont être rattachées à cette colonne centrale, cet « élément meublant fondamental ».

Martins Afonso atelier de design
Voici la vision que nous avons désormais en rentrant dans la maison. L’esprit 1980 a quitté les lieux pour un minimalisme contemporain revendiqué. On entre dans la pièce de vie à la fois en poursuivant tout droit ou, en tournant directement à gauche. Des habillages en chêne sont venus recouvrir les toilettes et l’escalier dont on distingue discrètement les accès sur la gauche.

À ce propos Mickaël, qui a une appétence prononcée pour le design de mobilier sur mesure, nous décrypte la solution peu commune qu’il a employée : « Nous ne voulions pas que le froid remonte de la cave. Nous avons donc fait fabriquer des portes sous tenture isolées avec plinthes automatiques dans l’âme de la porte en applique et sans cadre. Il s’agit d’un système isolant installé à la base de la porte dont le mécanisme à guillotine permet de coller la plinthe au sol quand la porte est fermée. »

Martins Afonso atelier de design

Outre ce mobilier structurel qui occupe le centre de l’espace de vie, un filet a été suspendu au-dessus : « C’est l’élément qui a décidé nos clients à se lancer dans cette rénovation. Ils avaient envie de ce filet pour laisser les enfants jouer dessus tout en pouvant les surveiller du bas. Ils voulaient également pouvoir s’y installer tous ensemble en mode salon intime pour visionner des films. Enfin, ils désiraient mettre à profit le vide sur séjour, sans perdre ni le volume ni la lumière », explique Mickaël.

Autour du filet

En tournant autour du meuble structurant en chêne, Mickaël nous explique sa conception de l’architecture, entre minimalisme et épure : « Le minimalisme se situe du côté du “less is more”. Ce courant vise à dépenser le moins de matière et de ressources possible. L’épure consiste quant à elle à habiller, c’est-à-dire ajouter des éléments structurels pour simplifier les volumes. »

Autour du filet

Cette double conception permet à Mickaël d’ajuster le coût de ses projets : « En adoptant une économie de ressources au départ, nous pouvons ventiler le budget sur les éléments importants changeant la face du projet, comme ce meuble sur mesure en panneau essence fine Descopan et niches contrastantes en Valchromat noir. C’est cet équilibrage qui permet une bonne rentabilité du projet », poursuit-il.

Avant. Voici la pièce de vie avant travaux : carrelage années 80 au sol, chauffage électrique au mur (qui avait laissé de grandes traînées noires), mezzanine datée avec garde-corps idoine.

Martins Afonso atelier de design
Après. Aujourd’hui, un juste dosage entre bois blond, pan de mur bleu turquin, béton gris souris et carrelage blanc, souligne avec délicatesse l’architecture dépouillée sans la faire paraître froide.

Pour un tel rendu, l’architecte d’intérieur et l’architecte Elodie Gaschard ont travaillé avec les propriétaires sur l’enveloppe : « Au sol, nous avons banni le carrelage trop marqué au profit d’un grès cérame rectifié avec des joints blancs pour qu’il soit le plus neutre possible. Au plafond nous avons cherché à retrouver la dalle en béton brut en grattant puis huilant le béton lisse. C’est d’ailleurs ce plafond brut qui apporte à mon sens la dimension mystique au projet », explique-t-il.

Au départ, les clients avaient envie d’une résine au sol, mais les concepteurs les en ont dissuadés : « C’est une mauvaise solution avec des enfants en bas âge qui mettent tout à la bouche. L’époxy largue de fines particules et en prime, pollue lourdement l’air ambiant avec ses COV. Le carrelage est solide, inerte, pérenne, c’était le meilleur choix pour cette famille qui compte rester là très longtemps », justifie-t-il.

Martins Afonso atelier de design
Le propriétaire, féru de high-tech et désireux d’une maison moins énergivore, a fait quant à lui des recherches pour s’affranchir des convecteurs électriques et remplacer la vieille cheminée au rendement peu efficace. Il a fait placer un poêle avec thermostat électronique et réserve de granulés. Le conduit sort désormais en façade comme une ventouse, ce qui a permis de libérer l’espace pour placer le filet.

« Ce n’est pas la seule innovation high-tech de ce logement ! Mon client ne souhaitait aucun interrupteur. Nous avons placé partout des ampoules dimmables, commandables via smartphone (système Philips HUE) ou via des télécommandes que nous avons cachées dans les meubles. Enfin, à l’entrée, nous avons créé un vestiaire avec banc sous lequel nous avons aménagé un espace de rechargement pour leur robot aspirateur », précise le pro.

Poêle à granulés : Domo chez Rika

Martins Afonso atelier de design

En ce qui concerne les banquettes, les propriétaires ne désiraient pas surcharger la pièce de vie. Ils désiraient un espace bien rangé et multifonctionnel, qui puisse servir de pièce de jeu pour les enfants et dans lequel ils puissent s’installer pour lire et, de temps en temps, recevoir leurs amis. Deux banquettes coffre ont été imaginées. Celle-ci est dédiée aux enfants, afin qu’ils puissent ranger leurs jouets. Des vérins les équipent pour que les petits doigts ne se coincent pas en manipulant les portes des coffres. L’autre banquette sert de canapé. « Depuis leur emménagement, les parents ont également installé un second canapé à la perpendiculaire de cette banquette pour recevoir », explique le pro.

Martins Afonso atelier de design

En face des banquettes, le coffrage qui longe la cage d’escalier a été équipé de manière imperceptible de placards de faible profondeur afin de créer un bar pour les propriétaires.

Martins Afonso atelier de design

Deux grandes portes sans poignées (push/pull) en panneau plaqué chêne s’ouvrent en grand, dévoilant des étagères contrastantes, en médium teinté dans la masse. « Côté bouteilles, à mi-niveau, une tablette se déplie pour servir les verres sans avoir besoin d’encombrer l’espace avec une table d’appoint », nous fait remarquer Mickaël.

Avant. À l’étage, les travaux sont intervenus sur la mezzanine existante et le vide sur salon contigu.

Après. La montée vers les combles a elle aussi été intégrée dans le meuble structurel central pour simplifier les volumes. De nombreux rangements ont été créés par ailleurs, dévolus à ce second salon plus intime.

Agnès Carpentier

Avant. Voici la mezzanine et la montée vers les combles avant travaux.

Autour du filet

Après. Aujourd’hui, l’étage s’enorgueillit d’un très grand filet, dédié à la détente de la famille. Sur le côté droit, un meuble filant a été créé dans un but bien précis : « Il contient le vidéoprojecteur, dissimulé derrière une porte coulissante. Une demande des parents pour regarder des films sur le mur blanc opposé ! Nous avons dû respecter une certaine largeur car les vidéoprojecteurs sont encore assez encombrants aujourd’hui », explique le pro.

Quant au meuble central, il a été équipé de modules de rangement et d’un téléviseur.

Autour du filet

Quand la famille a demandé aux professionnels un filet, ils ont pris leur temps pour étudier le système et sa fixation avec attention car ils n’avaient encore jamais travaillé sur une telle demande : « On voit en général de petits filets, mais ici, il fallait couvrir 25 m². En prime le filet devait accueillir quatre personnes », se remémore le pro.

S’étant rapproché de sociétés spécialisées, ils ont découvert qu’il fallait utiliser du filet de marine en polyester, aux mailles de 3 cm au carré, fixé à des œillets et tendu par une corde en périphérie (ralingue). « Deux sociétés près de Bordeaux sont spécialisées dans la fabrication de ces filets de catamarans et Volutech, une société du Pouliguen, spécialisée dans la pose, s’est déplacée ici pour la mise en œuvre », poursuit-il.

Autour du filet

Ayant pris ces renseignements au début de ses études, Mickaël a su qu’il serait impossible de fixer le filet directement dans les parpaings de la maison, pas assez résistants. De même qu’il est strictement interdit de fixer ce type de structure dans du Placo. « Nous avons dû nous livrer à une étude structurelle de la bâtisse qui a été réalisée par l’architecte Elodie Gaschard en collaboration avec un bureau d’études spécialisé. Nous avons fait installer deux structures en acier sur lesquelles reposent les meubles, qui nous permettent également d’avoir un ancrage solide pour les œillets fixés tous les 15 cm », explique-t-il.
Afin d’optimiser l’espace au maximum, les vides entre structures ont été comblés par des niches. Certaines sont équipées de prises électriques pratiques pour recharger téléphones, tablettes et autres consoles de jeu !

Autour du filet

Même s’il y a eu des moments difficiles pour les propriétaires qui ont vécu 5 mois de chantier avec des enfants, ils sont aujourd’hui très fiers ! « Ils n’imaginaient pas que l’on réussirait si bien à coller à leurs envies d’architecture contemporaine. Quant à moi et ma consœur Elodie, on a eu l’impression d’accoucher d’un projet hautement épanouissant, d’autant que nous avons réussi cette transformation radicale pour environ 1000 euros du mètre carré tout compris », estime l’architecte d’intérieur.

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